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LE DRAGON IMPÉRIAL

gon, et tout aussi bien que le poète Ko-Li-Tsin, elle savait que « si l’ombre d’un homme prend la forme d’un dragon qui suit humblement les pas de son maître, cet homme tiendra un jour dans sa main la poignée de jade du sceptre impérial. »

— Pars, pars, dit-elle alors, tandis qu’une fière joie gonflait son cœur douloureux. Tu seras riche, tu seras glorieux, et Yo-Men-Li se réjouira solitairement de ton bonheur.

— Adieu donc, jeune fille, dit Ta-Kiang.

Et il se dirigea rapidement vers sa cabane.

Large et basse, sous un vieux toit en paille de sorgho, la cabane sordide, entourée d’une palissade où séchaient quelques linges pendus, se montra bientôt à lui, dans un coin fauché du champ.

Il poussa la porte et entra. La nuit se faisait déjà entre les quatre murs de terre de la triste demeure car elle n’avait qu’une seule fenêtre aux carreaux de corne, jadis diaphane, maintenant épaissie de poussière. Avec Ta-Kiang entra un peu de jour : un vieil homme, jaune et usé, frottait une faux d’un caillou dur ; une femme, plus vieille, faisait cuire du riz pour le repas du soir, devant un petit feu de racines, chiche et fumeux.

— Parents vénérés, dit Ta-Kiang, j’ai formé une résolution : je quitterai ce soir le champ de Chi-Tse-Po, parce que je veux conquérir la richesse et la renommée, afin de soulager et de consoler votre vieillesse.

Il se tut, prévoyant des colères et des résistances, mais sa grande ombre miraculeuse s’étalait sur le