Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/270

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Le soldat frappa du pied une dalle. Les deux battants du portique central s’écartèrent, le gong vibra, les cloches retentirent, et l’empereur passa sous la voûte d’honneur.

Les mandarins accoururent à sa rencontre et s’agenouillèrent devant lui.

— Ô Maître des Maîtres ! s’écrièrent-ils, Sublimité inouïe ! nos cœurs se noyaient dans le désespoir et dans l’obscurité. Nous avions perdu le soleil et la vie ; nous ne savions où était le Dragon, et nos membres tremblaient d’effroi. Mais le voilà qui reparaît, et la joie nous envahit doucement.

Alors l’empereur, le sourcil froncé, croisa lentement les bras.

— Lâches ! menteurs ! troupeau de courtisans ! chiens qui souillez de bave les nobles mains que vous léchez ! comment osez-vous paraître encore devant moi sans craindre que les flammes de mes yeux ne vous réduisent en cendres ou que le souffle de ma colère ne vous disperse ? Monstres abjects, qu’avez-vous fait de ma gloire ? qu’avez-vous fait de ma splendeur ? qu’avez-vous fait de l’Empire ? Ma gloire est une dérision, l’avenir rira de moi, votre honte voile ma splendeur, l’Empire est un champ de bataille, et j’y suis vaincu. Pourquoi ? Parce que, bouches pleines de lâchetés, vous m’avez fait de faux rapports, pour que ma sérénité ajoutât une faveur à votre fortune. Vous m’avez menti sans trembler, me disant, lorsque le nuage jaune et pestilentiel traversait l’air : « Le ciel est serein », pour que mon sourire vous fit glorieux ! Et maintenant,