Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/274

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ceinte de la Ville Rouge, et qu’ils s’assemblent en conseil extraordinaire dans la Salle des Audiences.

Une heure après, cent glorieux personnages se trouvaient réunis dans cette salle, anxieux et attendant l’empereur.

Kang-Shi entra, le sourcil froncé. Tous se prosternèrent. Il alla s’asseoir sur son trône et parla d’une voix haute.

— Relevez-vous, dit-il. Les Sages enseignent : il ne faut pas employer ceux qu’on soupçonne ni soupçonner ceux qu’on emploie. Je crois que vous m’êtes dévoués ; votre tendresse aveugle pour ma personne et l’inquiétude que vous preniez de ma tranquillité ont été les seules causes de vos erreurs. Mais nous sommes à présent en pleine mer, par la tempête, sur une jonque qui fait eau. Vous avez fait par imprudence une blessure à la coque du navire ; par cette blessure les vagues amères se précipitent, et nous allons sombrer. Hommes frivoles, auteurs du mal, songez si la guérison est possible.

— Invincible souverain ! demanda le grand chef de la Cour des Rites, sommes-nous donc en un très-grand danger ?

— Maître Céleste ! dit le général des Neuf Portes, les entrées de la ville sont bien closes et rudes à défoncer.

— Les vils rebelles n’oseront pas attaquer Pei-King, affirma un lettré de la Forêt des Mille Pinceaux.

— Ils craindraient d’être foudroyés par l’armée du Ciel, dit un mandarin guerrier.