Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/323

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— Le grand Chef des Guerriers Tartares s’avance vers la présence du Ciel.

Le Chef était sanglant et superbe ; il s’agenouilla au milieu de la salle, tachant de rouge les dalles d’albâtre.

— Parle ! dit Kang-Shi.

— Sérénité Sublime ! s’écria le guerrier d’une voix retentissante comme un chant de victoire, le Ciel triomphe ! tu es glorieux ! ton pied divin écrase les rebelles !

L’empereur se leva. Son visage resplendissait.

— Que Koan-Ti, le maître des batailles, soit loué ! dit-il.

Et il se rassit dans sa gloire.

— Chef Illustre ! ajouta-t-il, le Ciel te remercie. Quel est le premier homme de la Patrie du Milieu ! c’est moi. Vainqueur, sois le second.

Le guerrier frémit sous cet honneur suprême et dressa fièrement la tête, tandis que les mandarins tour à tour s’inclinaient devant lui.

— Maître du monde, reprit-il, le chef des rebelles a été pris vivant afin qu’il s’humilie devant ta splendeur ; Ko-Li-Tsin, son complice, est captif comme lui, et l’on a surpris errante par la ville, une torche incendiaire à la main, la jeune fille au cœur de couleuvre qui jadis dirigea la pointe d’un sabre vers ta poitrine céleste.

Le chef fit un signe et des soldats entrèrent, poussant des prisonniers. Ils les conduisirent devant le trône et les jetèrent à genoux. D’un bond, Ta-Kiang se releva. Yo-Men-Li, qui pleurait, ne fit aucune