Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/340

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— Allons, bourreau, cria Ko-Li-Tsin, fais vite, je m’ennuie, étant seul.

Mais quelqu’un le tira par la manche, et le conduisit à son tour vers une chaise à porteurs.

— Viens, viens, tout près, dit une voix douce, car toi seul dois me voir.

Ko-Li-Tsin passa sa tête entre les rideaux de soie ; il laissa échapper une exclamation de surprise joyeuse et son cœur bondit dans sa poitrine ; car c’était la fille du gouverneur du Chen-Si qui, en face de lui, rougissait faiblement sous l’ombre tendre des draperies.

— Tsi-Tsi-Ka ! s’écria-t-il le visage illuminé ; toi, toi, ici ! Tu viens me donner une joie suprême et rendre ma mort glorieuse ?

— Ne parle pas de mourir ! dit Tsi-Tsi-Ka en souriant ; j’apporte la vie.

— Tu es ma vie en effet ! dit le poète. Depuis que je t’ai vue à travers le papier de ta fenêtre, je n’ai d’autre soleil que ta face ; mon cœur n’a d’amour que pour toi ; et je vais emporter ton seul souvenir au pays des nuages !

— Non ! non ! tu ne partiras pas, s’écria la jeune fille. L’empereur m’envoie vers toi. Je te dispense des rites, m’a-t-il dit, oublie les convenances, je veux que sa grâce lui soit annoncée par une bouche chérie, par la bouche de son épouse. Va donc vers ce jeune mandarin, vers ce grand Cèdre de la Forêt des Mille Pinceaux, et dis-lui qu’il t’a gagnée et que te voilà.

— Est-ce possible ! s’écria le poète, tu es ma