Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/76

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Elles recommencèrent à rire ; mais Ko-Li-Tsin, cette fois, ne rit point.

— Évidemment, se dit-il, cette charmante jeune fille, contre toutes les règles admises, attend un homme cette nuit ; elle parait même l’attendre avec beaucoup d’impatience. À vrai dire, il me semble que l’approche d’un homme qu’on aime devrait donner plus d’émotion et moins de gaieté. Moi-même, qui suis d’un caractère joyeux, le jour où j’entrerai dans la Chambre Parfumée de l’Orient pour m’asseoir auprès de ma jeune femme, je tremblerai un peu, je pense ; et je ne rirai pas aux éclats. Néanmoins je ne puis pas laisser cette belle personne attendre en vain toute la nuit, et je dois la prévenir que le portier a fermé la porte. En récompense de ce bon office, elle me rendra la liberté, et je pourrai courir à la recherche de Ta-Kiang.

Ko-Li-Tsin allait frapper à la fenêtre, lorsqu’il sentit que quelqu’un tirait violemment sa natte et l’agitait sans aucun égard, comme on fait de la corde d’une cloche.

— Ah ! ah ! cria une voix courroucée, je te tiens ! Tu ne savais pas que je te guettais de ma terrasse ! Coquin, après le tour que tu m’as joué, tu viens te mettre sous la griffe du tigre ! Tu vas voir comment je sais venger ma fille !

Ko-Li-Tsin, d’un mouvement brusque, tourna sur lui-même, dégagea sa natte et sauta à terre. Il se trouva en face d’un petit vieillard très gras qui portait une lanterne.

— Grands Bouddhas ! le mandarin gouverneur du