Page:Gautier - Le Roman de la momie, Fasquelle, 1899.djvu/85

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gurés par des lions, recouvert d’un épais coussin à fond pourpre étoilé d’or et quadrillé de noir, dont le bout débordait en volute par-dessus le dossier, était assise une jeune femme ou plutôt une jeune fille d’une merveilleuse beauté, dans une gracieuse attitude de nonchalance et de mélancolie.

Ses traits, d’une délicatesse idéale, offraient le plus pur type égyptien, et souvent les sculpteurs avaient dû penser à elle en taillant les images d’Isis et d’Hâthor, au risque d’enfreindre les rigoureuses lois hiératiques ; des reflets d’or et de rose coloraient sa pâleur ardente où se dessinaient ses longs yeux noirs, agrandis par une ligne d’antimoine et alanguis d’une indicible tristesse. Ce grand œil sombre, aux sourcils marqués et aux paupières teintes, prenait une expression étrange dans ce visage mignon, presque enfantin. La bouche mi-ouverte, colorée comme une fleur de grenade, laissait briller entre ses lèvres, un peu épaisses, un éclair humide de nacre bleuâtre, et gardait ce sourire involontaire et presque douloureux qui donne un charme si sympathique aux figures égyptiennes ; le nez, légèrement déprimé à la racine, à l’endroit où les sourcils se confondaient dans une ombre veloutée, se relevait avec