Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/103

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Elles sont attelées à la file, deux devant et deux derrière, entre les longs brancards de la litière, et des muletiers les guident.

Sous les rideaux relevés, accoudée à des coussins brodés d’or, une femme dont on n’aperçoit entre ses voiles que les grands yeux mouillés de larmes, sans la voir, regarde la mer.

À ses pieds, une jeune fille, le visage découvert, est accroupie et, contemple sa compagne, en poussant de profonds soupirs.

— Ne pleure plus, Gazileh, dit-elle, après un long silence. Je t’en conjure, regarde les splendeurs qu’Allah a créées et qui se révèlent à nos yeux pour la première fois. Vois ces roches et ces montagnes, colorées de tant de nuances qu’elles semblent taillées dans des marbres rares et formées de pierres précieuses. Vois comme leurs grands reflets s’allongent sur la mer, qui, couleur de turquoise à l’horizon, est, jusque bien loin du rivage, plus foncée que le saphir. Regarde, Gazileh, ô ma chère princesse ! à travers le prisme de tes larmes contemple, au moins un instant, cette merveille de la nature : les premiers degrés du Liban sacré.

— Est-ce que j’ai, rêvé, Nahâr ? est-ce que,