Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/110

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La route montait rapidement, tout en s’enfonçant dans la montagne. Les muletiers tenaient la bride des mules tout près du mors et marchaient entre elles et le torrent. Malgré tous leurs soins, la litière était cahotée et penchait en arrière. Les voyageuses ne pouvaient s’occuper d’autre chose que de s’y tenir en équilibre. Puis la route devenait plus plane. Étourdies et lassées, elles tombèrent dans une sorte d’engourdissement, presque de sommeil.

Quand on fit halte sur un haut plateau, près d’un bouquet de sycomores, il était déjà plus de midi, et il ne fallait plus que quelques heures de marche pour atteindre le but du voyage.

On était en pleine montagne maintenant, et, de ce point élevé, les regards embrassaient, de toutes parts, un tableau si merveilleux que Gazileh oublia ses peines à le contempler.

À perte de vue, les monts ondulaient comme les lames monstrueuses d’une mer pétrifiée, les uns pelés et aigus, les autres arrondis en dômes, creusant entre eux des abîmes aux parois droites comme des murailles, avec des luisants de miroirs, ou bien glissant en pente douce, jusqu’au fond des vallées verdoyantes et fécondes. Des végéta-