Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/153

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ses souvenirs, il dit enfin, d’une voix entrecoupée :

— Après ma mort… je m’éveille au son d’une grande mélodie, je respire un air plein de parfums, si doux ! si doux, que je me pâme de plaisir. J’ouvre les yeux. Quelle surprise ! Un jardin enchanteur, sablé de poudre d’or, des portiques, des fontaines, des grottes d’émeraude !… Ah ! que c’était beau, que c’était beau !

— Quel délire ! dit Hugues.

— Ensuite, qu’advint-il ? demanda Raymond.

— Une voix délicieuse laisse tomber ces mots :

« Mort sur la terre, tu t’éveilles au paradis d’Allah, le vrai dieu ! Désire, ordonne : tous tes vœux seront réalisés. » Alors, ayant grand’faim, j’ai désiré un bon repas. Ah ! jamais pareille cuisine n’a caressé le palais d’aucun roi de la terre ! J’ai mangé, mangé, avec une si singulière gloutonnerie que, partout ailleurs qu’au paradis, je serais mort d’indigestion… Et puis…

Urbain, hésitant, baissait les yeux.

— Eh bien ?

— C’est que j’ai eu d’autres fantaisies… Mon cœur était affamé aussi… Enfin, je n’ose vous dire… Sachez seulement que, là-haut, tout était