Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/167

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une défaillance de ton esprit est cause qu’une légère tache a éclaboussé ta gloire.

Le prince eut un froncement de sourcils qui eut fait frémir tout autre que Dabboûs. Celui-ci reprit d’une voix plus haute :

— Oui, seigneur, c’est par ta faute que les Fidèles, envoyés par toi au secours d’un de tes alliés, ont été surpris. Les oiseaux rapides t’apportaient la nouvelle de l’embuscade ; mais tu t’es rendu trop tard, au sommet de la montagne, pour recevoir leur message, et les fidèles sont tombés dans le piège.

— Le mal est réparé déjà, et l’éclat de cent victoires efface cette légère ombre.

— C’est passé, dis-tu, et ce n’est pas le souvenir de cet échec qui creuse ce pli soucieux sur ton front !

— Je te trouve audacieux d’affirmer cela.

Plein de tristesse ; Dabboûs s’agenouilla et tendit un poignard nu à Raschid.

— Maître, dit-il, fais-moi la grâce de me tuer, si je dois voir un esprit tel que le tien s’abaisser jusqu’au mensonge.

Mais Raschid, vivement, le releva.

— Pardonne-moi, Dabboûs, dit-il. Si je taisais