Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/174

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créneau, laissant courir ses regards, par-dessus l’épaisseur du mur et l’abîme qu’elle ne voyait pas, sur le vallonnement verdoyant et fleuri.

— Oui, continua Nahâr, s’appuyant de l’épaule au merlon voisin, d’ici l’on découvre tout le camp des infidèles, et même, par moments, les nobles chevaliers sont reconnaissables à l’éclat de leurs armes, que le soleil fait étinceler. On les voit, dans leur désœuvrement, s’en aller par groupes nonchalants, ou bien ils s’exercent au combat, et l’on suit avec intérêt les cavaliers qui roulent l’un vers l’autre et se joignent dans un choc, dont nous entendons le bruit. Mais, de si loin, dans cette foule, comment reconnaître le beau chevalier auquel on pense ?

— En effet, c’est impossible, dit Gazileh avec un soupir. Ah ! je voudrais seulement savoir s’il a survécu à cette terrible blessure, que j’ai pansée de mon mieux.

— Tu répondais de sa vie. Il est guéri certainement.

— Songe-t-il encore à cette musulmane qu’il a juré de défendre ?…

— Puisqu’il l’adorait depuis trois ans !

— Ne crois-tu pas, Nahâr, qu’il avait le délire