Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et fidèle, qu’un dévouement veille, prêt à tout. Mon chevalier ne pourra me secourir, mais il m’aide, au moins, à supporter plus patiemment ma captivité.

— Mais que crains-tu donc, maîtresse, dans ce château plein de merveilles, où l’on te traite comme une reine ? Le terrible prophète, nous ne l’avons vu qu’une fois, et il nous est apparu tellement imposant et beau que nous avons été pénétrées pour lui d’admiration et de respect.

— Oui, dit Gazileh, Raschid ed-Din est revêtu d’une majesté divine, et pourtant il m’épouvante. Quand il m’a priée de lever mon voile, son lourd regard, pesant sur moi, m’a rendue tremblante et sans souffle, comme une colombe qu’un aigle va saisir. Ah ! qu’une femme est peu de chose pour lui ! Il la brisera, sans colère ni pitié, pour le plus faible motif.

— Mais ton oncle, qui t’aime si tendrement, ne donnera au prince des Montagnes aucun sujet de mécontentement aussi longtemps que tu seras entre ses mains comme otage. Que redoutes-tu donc ? Nous sommes plus libres dans ce château que nous ne l’étions dans le harem, et tous nos désirs sont comblés sans que nous les formulions.