Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/189

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jour-là s’y résignant enfin, mollement, en poussant des clameurs, il se cinglait les reins et le dos.

Debout ou à demi couchés, des écuyers et des sergents faisaient cercle autour de lui.

— Aïe ! aïe ! criait-il. Ah ! mes reins ! ah ! malheureuse chair ! Grâce, bourreau ! je ne suis qu’une plaie.

Les écuyers comptaient les coups et riaient.

— Dix-neuf, vingt… Plus fort donc, poltron !

— Il y touche à peine.

— On dirait qu’il chasse les mouches.

— Va, va, chasse tes péchés ! frappe ferme !

— Encore trente coups seulement.

Mais Urbain, avec impatience ; jeta la discipline loin de lui.

— Eh ! au diable ! J’en ai assez comme cela, Un cilice sur ma peau, du pain sec pour régal et des cinglons pour me récréer ! Je sais ce que je sais… Foin du paradis que l’on gagne par l’enfer en ce monde !

Un des écuyers leva le nez vers le château.

— Celui de là-haut te plaisait mieux ? dit-il.

— Ah ! si j’en retrouvais la route ! murmura Urbain en poussant un profond soupir, je serais plus content que si je tenais Dieu par les pieds !