Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/197

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fantaisie. Et il suivit d’un œil curieux ces jeunes hommes, nés pour le combat, violents, emportés, dont les fiers visages étaient pour la plupart balafrés de cicatrices, et qui avaient une joie exubérante, à la fois enfantine et formidable, tellement que leurs cris et leurs éclats de rire semblaient terribles comme des rugissements de bêtes fauves.

Le roi racontait à Ousama combien la vue d’un lièvre lui serrait le cœur, son oncle, le roi Baudouin, s’étant tué, dans les environs d’Acre, à là poursuite d’un lièvre, levé, par hasard, devant sa promenade. Il avait lancé son cheval dans un chemin impraticable, et la bête l’avait jeté bas, contre un rocher, où il s’était rompu le crâne.

— La cervelle lui sortait par le nez et par les oreilles, disait Amaury. Je n’avais alors que sept ans, mais je n’ai jamais oublié ce malheur. Être venu d’outre-mer pour défendre son Dieu et mourir pour un lièvre !

L’émir admirait celle témérité des chevaliers francs, qui allait parfois jusqu’à la démence et leur devenait fatale, mais, souvent aussi, tournait à leur gloire.

— J’ai connu un des vôtres, disait-il, qui, à lui seul, est venu à bout de plusieurs centaines