Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/200

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expira. Le seigneur fit compter une somme au vagabond, qui se lamentait, et comme la cause de cette mort brusque nous échappait, il nous dit : « Ce singe fut jadis un roi puissant, et le dinar que je lui ai donné était frappé à son nom ; en le voyant, le souvenir de sa grandeur passée lui est revenu, avec le sentiment de sa dégradation présente. La violence du chagrin l’a tué. »

— Je ne sais comment le magicien a su que je désirais avoir de lui mon horoscope, dit la princesse Sybille, qui, sombre et préoccupée depuis le départ, semblait méditer quelque projet. Un page me l’a remis ce matin, enfermé dans un étui d’or orné de pierreries magnifiques.

— L’horoscope est plein de belles promesses, je pense ? dit le roi.

— Il est tel que pouvait l’attendre une fille d’un esprit turbulent et félon comme je le suis.

Et, rageusement, Sybille piqua son cheval, bondit en avant du groupe, dans le vallon tout en fleur.

Les châtelaines se récriaient d’être forcées d’écraser, sous les sabots de leurs montures, les anémones, si belles, de si riches couleurs, qui formaient, à perte de vue, des tapis, comme n’en