Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/202

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Impétueusement, elle courut au jeune homme et, en évitant de le regarder, lui dit d’une voix impérieuse :

— Cette nuit, sous votre tente, veillez en m’attendant.

Puis, enlevant sa monture, elle franchit le ruisseau et s’éloigna rapidement, sans se retourner.

Quel moyen d’échapper à cet ordre sans réplique ? Hugues, aussi surpris qu’inquiet, demeura longtemps à la même place, l’esprit remué par toutes sortes de pensées. Il était, malgré lui, flatté d’être recherché, avec tant de persistance, par une princesse royale, belle et orgueilleuse. Mais son cœur, si profondément épris, rapportait toutes choses à la bien-aimée, qui restait pour lui bien au-dessus des mortelles et toujours inaccessible. Si un peu de vanité le faisait sourire, c’était à l’idée que, peut-être, il pourrait ne pas paraître trop indigne aux yeux de Gazileh, puisque d’autres yeux ne voulaient voir que lui seul.

Cependant, à l’attente de cette entrevue, l’angoisse lui serrait la gorge. Jeunes femmes et jeunes filles, pour la plupart, intrépides et effrontées, n’avaient aucune honte à déclarer leurs sentiments aux chevaliers de leur goût ; elles les