Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/237

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le coup de l’étrier, dit-il, en tendant au chevalier un gobelet plein de vin.,

— Je n’ai pas le cœur à boire.

— Ce vin a été récolté à Bethléem, sur l’emplacement même de la crèche. C’est un philtre divin qui doit centupler les forces. Le refuser serait impie.

— Donne donc, dit Hugues, qui vida le gobelet. Adieu, mes amis, ajouta-t-il. Je ne vous demande plus qu’une grâce. Retenez tout mouvement, toute clameur, qui pourraient effrayer mon cheval et diminuer son élan. Mon salut est dans la force de ses jarrets.

Il baissa la visière de son casque et tourna le dos au château pour prendre du champ. Puis il fit volte-face, s’affermit sur ses étriers et, après avoir fait un signe de croix, il éperonna la bête frémissante.

L’angoisse tenait la foule immobile, oppressée, muette. Homphroy, pâle d’épouvante, s’aveuglait de ses mains.

Le cavalier passa, presque invisible, froissant l’air comme un grand vent, s’élança au-dessus du gouffre.

Aussitôt, un grand fracas de branches et de