Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/238

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mélal, un cri d’horreur, jaillissant de toutes les poitrines. Homphroy était tombé à genoux, se cachant davantage les yeux sous ses mains.

— C’est fini ! murmurait-il.

Tous étaient penchés maintenant sur l’abîme, que de légers feuillages et des fleurs couvraient çà et là. Parmi les cris confus et le brouhaha, des mots se détachaient :

— Quelle pitié ! — Jésus, fais grâce à son âme ! — Brisé sur les rochers ! — Son sang a jailli !

Puis, tout à coup, la clameur redoublant et une seule voix criant :

— Victoire !… Il vit !… C’est un prodige ! Le cheval seul rebondît de roche en roche ! le chevalier s’est retenu à des branches ! Il vit ! le voilà !…

Homphroy se releva d’un bond, découvrant son visage trempé de larmes.

— Que disent-ils ?

— Oui ! oui, c’est vrai, dit le comte de Tripoli. Au moment où le cheval s’abîmait, Hugues, d’un élan désespéré, s’est jeté dans un buisson et s’y est retenu, Dieu sait comment. Le voici qui remonte du gouffre ; mais il semble à bout de forces.