Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/246

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de ce corps délicieux ondoyaient jusqu’à lui, l’enlaçant de chaînes invisibles ; mais il les rompait d’un sourire.

Elle vint tout près, dans une musique grandissante, tellement lumineuse qu’elle aveuglait ; puis elle recula, ; servant de guide, jusqu’à une salle magnifique, doucement éclairée par des vitraux faits de pierres précieuses. Le centre était creusé en piscine, autour d’un jet d’eau qui jaillissait jusqu’à la coupole et retombait en poussière irisée. Sur des marches en lapis-lazuli, dont le bleu foncé faisait ressortir la neige ou l’ambre de leurs corps, des beigneuses nues, belle chacune d’une beauté spéciale, étaient groupées, dans des poses d’une grâce savante. Toutes avaient des yeux de lumière et des sourires de fleurs.

Le jeune enivré se penchait, étreint par un désir poignant, et, pour lui plaire, elles se roulaient dans l’eau limpide, glissaient avec de gracieuses torsions, arquaient leur torse souple, et l’on voyait leur cœur gonflé d’amour, battre sous les veines bleues de leurs seins. Elles tendaient les bras vers lui et, comme pâmées, les yeux clos, se renversaient dans l’éparpillement de leur chevelure.