Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/266

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âme s’éloigne de la mienne et ton amour bat en retraite ?

— Le crois-tu ?… le crois-tu vraiment ? s’écria Hugues. As-tu la pensée que le ciel puisse être autre chose pour moi qu’un exil, si tu es absente du ciel ? Ah ! comme tu me méconnais ! Sache-le donc, la damnation m’effraye moins que l’idée d’être séparé de toi. Et moi, soldat du Christ, moi qui me suis voué à la défense du saint berceau de mon Dieu, je suis prêt à renier toute ma vie, à renoncer à la récompense qui m’est due, pour me damner avec toi.

— Tu consentirais à abjurer ta foi ? dit Gazileh avec une profonde émotion.

— En le faisant, j’arracherai des morceaux de mon cœur !

Et Hugues se cacha le visage dans les mains pour étouffer un sanglot.

Mais, de ses doigts légers, elle lui découvrit les yeux, retint ses mains dans les siennes, en le regardant avec une ineffable tendresse :

— Ainsi, pour moi, tu renierais ton Dieu ? Toi qui crois si fermement que les flammes éternelles puniraient ton parjure !… Tu m’aimes au point de renoncer au ciel !… Ah ! rassure-toi, chère âme :