Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/279

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les merveilles de son être pour un homme au-dessous de moi. Oh ! oui, là était l’épreuve, l’effort vraiment mesuré à ma grandeur. Et moi, le vainqueur des faiblesses humaines, pour la première fois j’ai été vaincu, je me suis montré indigne, lâche, cruel. Eh bien ! je suis venu ici pour me juger, tout près du ciel, dans la pureté de la neige.

Raschid mit pied à terre. Dès qu’il fut libre, le cheval bondit loin du précipice, puis il s’enfuit par des sentiers familiers.

Alors le prophète s’agenouilla à l’extrême bord du gouffre et prit sur sa poitrine une écharpe rougie de sang.

Un instant, il ferma les yeux, comme défaillant à la vue de cette pourpre, fraîche encore, brodant d’étranges fleurs la soie lamée d’or qui avait entouré la taille de Gazileh.

— Le sang innocent crie vers moi, dit-il ; il m’accuse et me condamne. Mes Fidèles, pourtant, ont ouvert en mon nom plus d’une source rouge, il en a coulé des ruisseaux qui, réunis, pourraient me submerger. Et jamais pourtant, aucune ombre n’a fait vaciller l’éclatante clarté de mon âme. D’où vient qu’elle est aujourd’hui à ce point