Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/34

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— C’est celui-là.

— Le prédécesseur de cet homme exécrable est cause que je suis orphelin, dit le comte Raymond ; j’avais douze ans quand il fit poignarder mon père dans sa ville même de Tripoli, sur les marches de l’église.

— Nul n’échappe à la vengeance du grand-maître des Assassins, dit le roi ; mieux vaut-il aussi être son ami que son adversaire.

— Ah ! père, dis-nous ce que tu sais de lui. J’en ai entendu parler quelquefois ; mais ceux qui le nommaient tremblaient de peur, jetant des regards furtifs autour d’eux, et ils se taisaient dès qu’on les interrogeait, comme s’ils avaient craint d’être entendus de lui.

— C’est qu’en effet il passe pour tout voir et tout entendre. Ce qu’est ce personnage, c’est assez difficile de l’expliquer. Il est très puissant et très terrible et, bien qu’il ne règne que sur une soixantaine de mille âmes, il semble l’égal des plus grands souverains, qui même tremblent devant lui. Pour qui l’offense ou lui déplaît la mort est inévitable. C’est un prophète, un roi, un dieu pour ses sectaires ; un magicien certainement.