Page:Gautier - Le Vieux de la montagne, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Comment, murmura-t-il, quelqu’un ose élever la voix ici où notre divin Jésus cria vers son père, en expirant ?

— Monseigneur, dit Urbain, ce sont des pèlerins qui se disputent ; ils ont la figure cramoisie et se montrent le poing ; bien sûr, ils vont se battre.

Un vieux moine, en reconnaissant un des grands barons du royaume, accourut vers Hugues.

— Ah ! quel scandale ! s’écria-t-il : c’est un prêtre de Franconie qui le cause. Venez, seigneur : vous apaiserez peut-être ce mauvais chrétien.

Le rassemblement avait lieu à droite de la cour, dans l’angle formé par la Basilique et la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. On voyait à cet endroit plusieurs tombeaux, et c’était devant l’un d’eux — un sarcophage de pierre — que le religieux allemand, et un pèlerin venu de France, prêts à se ruer l’un sur l’autre, se soufflaient au visage de furieuses paroles. On faisait cercle autour d’eux. Hugues s’approcha, cherchant à démêler le sens de la querelle.

— Qu’est-ce que tu en sais, vantard ? criait le