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les cruautés de l’amour

demoiselle doit avoir faim. Pourvu que notre pauvre cuisine ne lui déplaise pas trop !

— Je suis sûre qu’elle est excellente, ta cuisine, Katia, à en juger par le parfum qu’elle répand.

— J’ai fait de mon mieux, dit la paysanne.

On avait couvert la table d’une belle nappe bien blanche, bordée d’une bande de serge rouge et d’une guipure grossière, la plus belle vaisselle avait été tirée des armoires et un couvert en argent niellé brillait à la place de Clélia.

La jeune fille s’assit à table, et tandis que Catherine allait chercher le chitchi[1], elle considéra ses hôtes l’un après l’autre.

Ivan avait une figure régulière un peu colorée ; sa barbe large et sa chevelure séparée par une raie médiane, selon la mode des moujiks, étaient blondes et mêlées de poils blancs ; ses traits exprimaient la résignation et une sorte de dignité douce.

Macha ressemblait à son père. C’était une belle fille grande et solide, aux cheveux abondants, aux lèvres rouges, aux yeux clairs, francs et gais, laissant lire jusqu’au fond de son esprit simple et de son bon cœur. Un enfant de cinq ou six ans la te-

  1. Soupe faite de légumes et de viandes.