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les cruautés de l’amour

nait par sa jupe et se mettant les doigts dans sa bouche il regardait la dame d’un air ahuri.

L’époux de Macha avait un visage honnête mais assez vulgaire, sa barbe lui montait jusqu’au milieu des joues et ses cheveux, d’un châtain clair, descendaient sur son front bas, presque jusqu’aux sourcils. Clélia considéra plus longuement André qui, assis à l’extrémité du banc, tailladait machinalement un morceau de bois. Il était plus jeune de quelques années que Macha, c’était à peine si un duvet léger ombrageait sa bouche sérieuse. Grand et large d’épaules, il semblait d’une force peu commune. Ses cheveux, d’un blond foncé, pleins de reflets fauves, étaient très-bien plantés sur son front large, plus blanc que le reste du visage ; son nez était droit, un peu court, sa bouche admirablement dessinée, son menton d’un contour pur et solide. Il tenait les yeux baissés. Clélia lui parla pour les lui faire lever. Elle avait déjà remarqué leur éclat singulier. Ils étaient d’un bleu étrange, très-clair, transparent, rappelant un reflet de ciel sur les glaces polaires. Audacieux et sauvage, son regard semblait jaillir comme une lueur d’acier. Ce jeune homme réalisait le type le plus parfait de la beauté du Nord ; il faisait songer aux races anciennes, aux héros fabuleux de l’Edda, aux fils d’Odin, vainqueurs des dragons et des gnomes.