Page:Gautier - Les Roues innocents.djvu/80

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tierces, députées dans des idées conciliatrices, n’avaient pas obtenu plus de succès : M. Desprez ne voulait rien entendre. C’était un de ces hommes très-doux et très-opiniâtres, qui, lorsqu’ils ont pris une fois une résolution, y tiennent excessivement, sans doute à cause de la rareté du fait. D’ailleurs il avait été blessé par Dalberg à son endroit le plus sensible… dans son amour pour sa fille. Plus il s’était confié aveuglément à son honneur, plus il était indigné de sa trahison. En outre, comme tous les gens faibles, la peur de paraître manquer de caractère le rendait entêté.

Il faut dire aussi qu’il avait pris sous main des informations dont le résultat ne pouvait qu’être défavorable à Dalberg ; il savait maintenant qu’il fréquentait les coulisses, jouait, s’enivrait et vivait dans une société d’hommes de plaisir et de femmes d’une moralité au moins légère ; tout cela n’était pas trop propre à bien poser un jeune homme dans l’esprit d’un ex-notaire, et M. Desprez s’estimait heureux que l’esclandre causée par Amine fût arrivée à temps pour empêcher le mariage.

— Qui aurait dit cela, disait M. Desprez, à voir cette physionomie honnête, ces manières timides, ce ton doux et mesuré, cet air de jeune fille déguisée en garçon ? Ce Dalberg est un drôle compliqué ; à la débauche, il joint l’hypocrisie. Il reluquait la dot pour payer des parures à ces demoiselles. — Joli calcul ! — S’il remettait les pieds ici, je le recevrais de la belle manière.

Rudolph, faisant semblant de compatir au désespoir de Dalberg, s’était rendu chez M. Desprez pour plaider la cause de son ami ; il l’avait plaidée en effet, mais de manière à corroborer M. Desprez dans son opinion.

Henri, selon Rudolph, n’avait rien de grave à se reprocher ; c’était un garçon aimable, beau joueur, con-