Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/84

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Après qu’Alemguir lui eut dit qui il était, lui eut montré son sceau royal et conté ses revers et ses aventures, le gouverneur exprima tous ses regrets des ennuis que ses subalternes, par excès de zèle, lui avaient causé en son absence, et il invita le prince à venir habiter chez lui, à Jasmin-Cottage, aux environs de la ville.

Mon maître le suppliait de lui fournir les moyens de retourner à Golconde, où son absence pouvait causer de grands malheurs ; mais sir Percy Murray, malgré toute sa courtoisie, ne pouvait, à ce qu’il affirmait, laisser un inconnu s’éloigner sans être assuré de son identité ; il serait blâmé en haut lieu et risquerait d’être destitué, disait-il. Mais il pria le prince d’écrire à sa femme et de lui dire d’envoyer à Beejapour plusieurs notables personnages de Golconde et un témoin anglais, si cela était possible, pour venir reconnaître le prince, et, qu’aussitôt la preuve faite qu’il était bien celui qu’il disait être, on lui rendrait la liberté.

Pendant le voyage des envoyés, le gouvernement de Beejapour fit tous ses efforts pour rendre au prince la vie agréable. Son hospitalité était des plus cordiales, sa nombreuse famille, pleine de gaieté et d’entrain ; on donna des fêtes champêtres, des soirées, des bals, et mon maître fut sinon distrait, du moins très intéressé par les mœurs, nouvelles pour lui, de la société anglaise.

Enfin, les messagers revinrent avec une lettre de Saphir-du-Ciel, et accompagnés de l’oncle du prince et de plusieurs amis, qui pleurèrent de joie en revoyant mon maître, sur lequel ils avaient pleuré de chagrin.

Alemguir, me traitant toujours en ami, vint me lire la lettre de la princesse et m’annoncer que nous partions le lendemain.

— S’il était possible de te faire voyager en chemin de fer, ajouta-t-il, nous arriverions le soir même ; mais cela serait difficile et te déplairait peut-être.

Pourvu que ce ne fût pas sur mer, j’étais disposé à voyager de