Page:Gautier - Mémoires d'un Éléphant blanc, Armand Colin et Cie, 1894.djvu/85

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n’importe quelle façon. Je fis comprendre à mon maître que j’irais volontiers en chemin de fer, et cela fut décidé.

On m’installa dans un grand wagon découvert que l’on abrita sous une tente et que l’on tapissa d’une épaisse litière. Puis, à l’aide d’un plancher en pente douce, on m’y fit monter.

Il paraît que l’on n’avait jamais vu un éléphant prendre le chemin de fer, car il y eut beaucoup de badauds sur le quai de la gare, venus pour assister à mon embarquement.

Le prince me recommanda de me coucher, afin d’être moins secoué, et, après avoir fait ses adieux au gouverneur, qui l’avait accompagné avec plusieurs officiers anglais, il monta dans son compartiment et l’on ferma les portières.

Des coups de sifflet vibrèrent, et le train se mit en marche. N’ayant pas l’habitude d’aller en voiture, le mouvement me causa un peu de vertige ; mais cela n’était rien à côté des abominables souvenirs de la traversée de Siam à Ceylan, et l’idée d’arriver avant la nuit me remplissait de joie. Aussi je pris mon mal en patience quand, augmentant de vitesse, le train nous emporta à toute vapeur vers Golconde.