Page:Gautier - Théâtre, Charpentier, 1882.djvu/111

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Paul.

Le vice te donnait soif d’ingénuité,
Comme après une orgie on désire du thé.


Georges.

Certain soir, ne sachant que faire de moi-même,
Au Théâtre-Français j’entrai, moi quatrième.
Je m’assis dans un coin mi-veillant, mi-dormant,
Et j’écoutais la pièce assez distraitement,
— Un chef-d’œuvre ! un joyau de l’ancien répertoire —
Comme d’un vieil ami l’on écoute l’histoire.
Les beaux vers, cependant, produisant leur effet,
Je me sentis bientôt réveillé tout à fait.


Paul.

Que donnait-on ?


Georges.

Que donnait-on ?Le Legs et L’École des femmes.
Arnolphe, dont tous deux souvent nous nous moquâmes,
Cette fois me parut plein de sens et d’esprit.
Au lieu de m’égayer, son malheur m’attendrit ;
Mon cœur pour le vieillard prit parti contre Horace,
J’entrai dans son idée, et marchant sur sa trace,
Quoique l’expérience ait eu peu de succès,
Je voulus me créer à mon tour une Agnès,
Me disant que le tort d’Arnolphe était son âge,
Et qu’un jeune homme eût fait un autre personnage.
Il me plut, en dehors du monde et de sa loi,
D’aimer un être unique et fait pour moi — par moi.


Paul.

Pour un ancien roué la fantaisie est rare.
Don Juan continuer Arnolphe !


Georges.

Don Juan continuer Arnolphe !Moins bizarre
Qu’on ne pense : don Juan, à travers tout, poursuit
Et demande au hasard l’idéal qui le fuit.