Page:Gautier - Théâtre, Charpentier, 1882.djvu/122

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Miss Harlowe, qui songe entre ses vieux parents
Aux moyens d’envoyer sa lettre à Lovelace ;
Mais leurs feux m’ont laissée aussi froide que glace,
Et mon cœur, préservé par quelque talisman,
S’en tient, en fait d’amour, aux amours de roman.
Encor souvent trouvai-je avec leurs hyperboles
Les héros enragés, les héroïnes folles,
Et je pense que Dieu là-haut me prépara
Pour être le Kaled d’un vertueux Lara.
Je te suivrai partout sous un habit de page,
Et nous courrons le monde en galant équipage.


Georges.

Eh quoi ! tu n’as jamais éprouvé ces langueurs
Que la brise d’avril apporte à tous les cœurs,
Cette délicieuse et tendre inquiétude
Qui, par la rêverie interrompant l’étude,
Vous fait rester l’œil fixe et le coude appuyé
Sur Shakspeare incompris ou Mozart oublié ?


Lavinia.

Non ; quand mon piano, quand mes livres m’ennuient,
Je me mets à broder, et les heures s’enfuient.


Georges.

Jamais tu n’as senti, le soir, sur ton bras nu,
L’invisible baiser de l’amant inconnu
Se poser, comme fait un papillon qui joue,
Et le sang de ton cœur te monter à la joue ?


Lavinia.

J’arrange ma cornette et roule mes cheveux,
Je me couche, et ne sens aucun frisson nerveux.


Georges.

Jamais tu n’as couru, la figure embrasée,
Aux fleurs de ta fenêtre où perle la rosée,
Y rafraîchir ton front lourd de rêves brûlants,