Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/181

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de rondes et de patrouilles de nuit ; le seul bruit qu’on entendît, c’était le frémissement argentin des grelots au cou de notre mule et le grincement de nos essieux. Les citadins dormaient aussi profondément que les statues de la chapelle de los Reyes nuevos. De temps en temps, notre sereno avançait sa lanterne sous le nez de quelque drôle endormi en travers de la rue, et le faisait ranger avec le bois de sa lance ; car, en quelque endroit que le sommeil prenne un Espagnol, il étend son manteau à terre et se couche avec une philosophie et un flegme parfaits. Devant la porte, qui n’était pas encore ouverte, et où on nous fit attendre deux heures, le sol était jonché de dormeurs qui ronflaient sur tous les tons possibles, car la rue est la seule chambre à coucher où l’on ne soit pas livré aux bêtes, et il faut pour entrer dans une alcôve la résignation d’un fakir indien. Enfin la damnée porte tourna sur ses gonds, et nous reprîmes le chemin par où nous étions venus.


Chapitre XI
Procession de la Fête-Dieu à Madrid. ― Aranjuez. ― Un patio. ― La campagne d’Ocanha. ― Tembleque et ses jarretières. ― Une nuit à Manzanarès. ― Les couteaux de Santa-Cruz. ― Le Puerto de los Perros. ― La colonie de la Carolina. ― Baylen. ― Jaën, sa cathédrale et ses majos. ― Grenade. ― L’Alameda. ― L’Alhambra. ― Le Généralife. ― L’Albaycin. ― La vie à Grenade. ― Les Gitanos. ― La Chartreuse. ― Santo-Domingo. ― Ascension au Mulhacen.


Il nous fallait repasser par Madrid pour prendre la diligence de Grenade ; nous aurions pu aller l’attendre à Aranjuez, mais nous courions risque de la trouver pleine, et nous nous décidâmes pour le premier parti.