Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/52

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enrichie d’arabesques du meilleur style, dont les sacristains lèvent avec du papier mouillé des empreintes qu’ils vendent aux voyageurs : la femme a son petit chien à côté d’elle, ses gants et les ramages de sa robe de brocart sont rendus avec une finesse inouïe. Les têtes des deux époux reposent sur des coussins de marbre, ornés de leur couronne et de leurs armoiries ; des blasons gigantesques décorent les murailles de cette chapelle, et sur l’entablement sont placées des figures portant des hampes de pierre pour soutenir des bannières et des étendards. Le retablo (on appelle ainsi les façades architecturales qui accompagnent les autels) est sculpté, doré, peint, entremêlé d’arabesques et de colonnes, et représente la circoncision de Jésus-Christ, figures de grandeur naturelle. À droite, du côté où est le portrait de donha Mencia de Mendoza, comtesse de Haro, se trouve un petit autel gothique enluminé, doré, ciselé, enjolivé d’une infinité de figurines que l’on croirait d’Antonin Moine tant elles sont légères et spirituellement tournées ; sur cet autel, il y a un Christ en jais. Le grand autel est orné de lames d’argent et de soleils de cristal, dont les reflets miroitants forment des jeux de lumière d’un éclat singulier. À la voûte s’épanouit une rose de sculpture d’une délicatesse incroyable.

Dans la sacristie qui est auprès de la chapelle, on voit, enchâssée au milieu de la boiserie, une Madeleine que l’on attribue à Léonard de Vinci : la douceur des demi-teintes brunes et fondues avec le clair par des dégradations insensibles, la légèreté de touche des cheveux et la rondeur parfaite des bras, rendent cette supposition tout à fait vraisemblable. On conserve aussi dans cette chapelle le diptyque en ivoire que le connétable emportait à l’armée et devant lequel il faisait sa prière. La capilla del Condestable appartient au duc de Frias. Jetez en passant un regard sur cette statue de saint Bruno, en bois colorié, qui est de Pereida, sculpteur portugais, et sur cette épitaphe, qui est celle de Villegas, traducteur du Dante.