Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/54

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en éventail, chicorées épanouies et touffues, tout cela doré et peint de couleurs naturelles, avec des pinceaux de miniature. Les ramages des draperies sont exécutés fil par fil, point par point, et d’une effrayante minutie. La sainte, environnée par les flammes du bûcher, dont l’ardeur est excitée par des Sarrasins en costumes extravagants, lève vers le ciel ses beaux yeux d’émail, et tient dans sa petite main couleur de chair un grand rameau bénit, frisé à l’espagnole. Les voûtes sont travaillées dans le même goût. D’autres autels, d’une moindre dimension, mais d’une égale richesse, occupent le reste de la chapelle : ce n’est plus la finesse gothique, ni le goût charmant de la Renaissance ; la richesse est substituée à la pureté des lignes ; mais c’est encore très beau, comme toute chose excessive et complète dans son genre.

Les orgues, d’une grandeur formidable, ont des batteries de tuyaux disposées sur un plan transversal comme des canons pointés, d’un effet menaçant et belliqueux. Les chapelles particulières ont chacune leur orgue, mais plus petit. Dans le retablo d’une de ces chapelles, nous vîmes une peinture d’une telle beauté, que je ne sais à quel maître l’attribuer, si ce n’est à Michel-Ange ; les caractères irrécusables de l’école florentine à sa plus belle époque brillent victorieusement dans ce magnifique tableau, qui serait la perle du plus splendide musée. Cependant, Michel-Ange ne peignit presque jamais à l’huile, et ses tableaux sont d’une rareté fabuleuse ; je croirais volontiers que c’est une composition peinte par Sébastien del Piombo d’après un carton et sur un trait de ce sublime artiste. On sait que, jaloux du succès de Raphaël, Michel-Ange employa quelquefois Sébastien del Piombo pour réunir la couleur au dessin et dépasser son jeune rival. Quoi qu’il en soit, c’est un tableau admirable ; la sainte Vierge, assise et noblement drapée, voile avec une écharpe transparente la divine nudité du petit Jésus, debout à côté d’elle. Deux anges en contemplation nagent silencieusement dans l’outremer du ciel ; au fond,