Page:Gautier - Voyage en Espagne.djvu/69

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place de San-Pablo, et forme un mirador d’un goût tout à fait original. La colonnette qui réunit les deux arcs est d’une coupe très heureuse. C’est dans cette maison, à ce qu’on nous a dit, qu’est né le terrible Philippe II. Mentionnons aussi un colossal fragment de cathédrale inachevée en granit, par Herrera, dans le genre de Saint-Pierre de Rome ; mais cette construction fut abandonnée pour l’Escurial, lugubre fantaisie du triste fils de Charles Quint.

On nous fit voir dans une église fermée une collection de tableaux provenant de la suppression des couvents, et réunis là par ordre supérieur ; cette collection prouve que les gens qui ont pillé les églises et les couvents sont d’excellents artistes et d’admirables connaisseurs, car ils n’ont laissé que d’horribles croûtes dont la meilleure ne se vendrait pas quinze francs chez un marchand de bric-à-brac. Au musée, il y a quelques tableaux passables, mais rien de supérieur ; en revanche, force sculptures sur bois et force christs d’ivoire, plutôt remarquables par la grandeur de leurs proportions et leur antiquité, que par la beauté réelle du travail. Au reste, les gens qui vont en Espagne pour acheter des curiosités sont fort désappointés : pas une arme précieuse, pas une édition rare, pas un manuscrit, rien.

La Plaza de la Constitucion de Valladolid est fort belle et fort vaste : elle est entourée de maisons soutenues par de grandes colonnes de granit bleuâtre d’une seule pièce et d’un bel effet. Le palais de la Constitucion, peint en vert pomme, est orné d’une inscription en l’honneur de l’innocente Isabelle, comme on appelle ici la petite reine et d’un cadran éclairé la nuit comme celui de l’Hôtel de Ville de Paris, innovation qui paraît beaucoup réjouir les habitants. Sous les piliers sont établies des multitudes de tailleurs, de chapeliers et de cordonniers, les trois états les plus florissants en Espagne ; c’est là que sont les principaux cafés, et tout le mouvement de la population semble se concentrer sur ce point. Dans le reste de la ville, à peine rencontrez-vous un rare passant, une criada qui va chercher