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histoire du mouvement janséniste

à l’histoire détaillée des Messieurs ; il désignait sous ce nom qui a fait fortune les solitaires, les supérieurs et confesseurs, les maîtres des Petites Écoles et enfin d’autres personnages qui ont tenu au monastère par quelque endroit. Il a très bien montré ce qui caractérise essentiellement les premiers d’entre eux ; ils sont tous à différents degrés les disciples, les fils spirituels de Saint-Cyran, le plus grand dompteur d’âmes qu’ait produit le xviie siècle, si fertile pourtant en chefs d’ordres et en grands directeurs de conscience. Sainte-Beuve, qui n’aimait pas beaucoup Saint-Cyran, lui a rendu pleine justice à cet égard, et son chapitre sur la direction de la sœur Marie-Claire est un chef-d’œuvre d’analyse fine et pénétrante[1]. La lecture de ce beau chapitre, qui contredit et réfute parfois le précédent, est la préface indispensable d’une étude sérieuse sur les Messieurs de Port-Royal. C’est d’ailleurs en associant Sainte-Beuve et Besoigne, auquel Sainte-Beuve doit infiniment plus qu’il n’en est convenu, que l’on peut arriver à connaître et à comprendre ces hommes véritablement extraordinaires. Saint-Cyran, qui suffit à les expliquer tous, est étudié sérieusement par Besoigne, qui lui rend hommage, qui le proclame un très grand homme, qui le justifie pleinement contre tous ses calomniateurs, et qui pourtant n’hésite pas à lui reconnaître quelques défauts : une tendance fâcheuse à l’exagération, — c’était un Gascon, — un goût trop décidé pour les idées mystiques, et une tendance à parler trop et trop longuement de soi. Sainte-Beuve aurait voulu qu’on donnât au public un Esprit de Saint-Cyran comme on a donné dès le xviie siècle un Esprit de saint François

  1. Port-Royal, tome I, p. 341 et suivantes.