Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/42

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terie s’élevait au-dessus de la dune hérissée de chardons bleus.

La veille, en sortant de l’épicerie-boulangerie Stéphanie, Maharit avait rencontré les jeunes brodeuses qui s’en venaient de leur atelier de Pont-l’Abbé, et sans même s’arrêter, afin de ne point attirer l’attention des curieux, la sabotière avait vivement murmuré au passage :

— Il y a des nouvelles ! Demain pendant la grand’messe venez me voir.

Aussi Nonna et Anne après avoir trouvé un prétexte pour assister au premier office du matin, profitant de ce que toute la population était enfermée dans la nef gothique dont le clocher ajouré jaillissait comme un jet d’eau bleue sur l’horizon, essayaient d’atteindre la saboterie des Buanic sans être aperçues.

— Qu’est-ce que Maharit et Job nous apprendront ? fit Nonna pensive. S’ils nous avaient vraiment aimées, Jean et Julien seraient-ils partis sans nous avertir de leurs intentions ?

— Ah ! souviens-toi de cette scène affreuse autour du canot de sauvetage, ma sœur. Je leur pardonne bien volontiers d’avoir fui Ploudaniou, mais je ne comprends pas encore pourquoi ils nous laissent depuis plusieurs mois dans l’ignorance absolue de leur sort. Parfois, quand j’y réfléchis, je les trouve singuliers. Te rappelles-tu cette matinée de mai, par ce grand vent, l’avant-veille de l’ouragan ? Leurs visages n’étaient-ils pas étranges ?

— C’est vrai, ils ne semblaient presque plus appartenir à cette terre.

— Oh ! Sainte Vierge ! Serais-tu donc de l’avis de ceux qui croient que…

— Tais-toi ! je n’affirme rien, Nonna. Mais sait-on jamais ?

Un des châssis de la saboterie fut poussé et, par la baie ouverte, une petite face vernie comme une pomme d’api dans laquelle luisaient des yeux de souris, s’agita :

— Maharit nous appelle, dit Anne. Comme elle paraît réjouie ! Je n’aperçois personne dans les marais. Nous pouvons entrer chez elle.

Les jeunes filles marchaient vers la chaumière, quand une blanche voile de misaine et un grand foc de toile verte dépassèrent la pointe de Kerpenhir.