Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


tants nous allons lever l’ancre et nous vous emmènerons vers des pays plus heureux.

Effrayées, Nonna et Anne se récrièrent :

— N’en faites rien ! Pouvons-nous abandonner notre famille dans ces conditions ? Déshonorées, nous ne pourrions plus jamais la revoir.

— Et cependant, reprit Julien, majeures, toutes deux, vous êtes libres de votre détermination. Nos parents, que nous emmènerions aussi, vous prouveraient dans quels sentiments nous agissons. Vous iriez vivre avec eux dans un lieu que les gens de Ploudaniou ne découvriraient pas jusqu’à notre mariage prochain.

Mais les jeunes filles dirent en pleurant qu’elles ne se pardonneraient jamais d’avoir quitté leurs parents de cette façon. Leur majorité leur donnait des droits dont elles n’useraient qu’à la dernière extrémité. Elles suppliaient donc leurs fiancés de les ramener à terre car elles avaient l’espoir que leurs père et mère, devant le témoignage de leur invincible fidélité, ne pourraient plus se refuser à donner leur consentement.

— Songez qu’ils doivent lutter contre l’opinion de toute la population, acheva Nonna. Nous savons ce qu’ils souffrent eux-mêmes. Les cinq matelots de la barque de notre père ont menacé de le quitter s’ils vous prenaient pour gendres. À votre prochain retour nous prendrons la décision que vous réclamez de nous. Par grâce, aujourd’hui, débarquez-nous au Toulinguet.

À cet instant un des matelots du brick, en vigie au gaillard d’avant, annonça :

— L’horizon se découvre ! Le vent !

Un frémissement agitait les vergues. Sentant le navire rouler, Anne et Nonna jetèrent un cri d’angoisse.

La gorge étreinte par leur affreuse déception, Jean et Julien rassurèrent les jeunes filles, et ajoutèrent :

— Quittons-nous donc, adieu !

Nonna et sa sœur sentirent une fois encore autour de leurs tailles l’étreinte des bras froids de leurs fiancés et leurs bouches glacées posées sur leurs joues les firent frissonner. Le petit brick s’éteignit sur la mer comme une lumière soufflée. Lorsque les sabotiers et les jeunes filles se trouvèrent