Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/54

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sur l’argile du palus et de s’embourber dans les lagunes. Une petite lumière qui luit au vitrage de la saboterie, les aide enfin à se diriger. La porte ouverte, Maharit les accueille avec désolation.

— Mes pauvres filles, gémit-elle, un pressentiment m’avertit qu’ils ne se signaleront pas cette nuit.

Bouleversées par leur désillusion, Nonna et Anne pénètrent à regret dans le chaumière et laissent s’écouler quatre heures interminables. Les jeunes filles, mornes et désolées, commencent à se défier de Maharit et elles ne croient plus guère ce qu’elle leur annonce.

— Oh ! doux Jésus ! soyez-nous secourable, suppliait la sabotière, quand l’horloge à poids déclancha ses dix coups avec une sorte de violence. La dixième vibration achevait de s’évaporer, lorsque Job qui ne quittait pas du regard la baie vitrée ouverte sur le large, cria :

— Un feu ! le feu jaune… jaune…

En effet, à deux milles sur l’océan parfaitement calme en cette froide nuit limpide, un feu semblable à un gros œil d’or brillait. Il parut cligner, redevint plus brillant et disparut.

— Tout va bien ! Les capitaines nous signalent qu’ils ont belle espérance. Répondons-leur de même, fit le sabotier joyeux.

Il courut au bout de son atelier allumer trois grosses lanternes aux verres rouge, jaune et vert, et il commença de les élever à hauteur de sa fenêtre, suivant certaines conventions.

— On a son code, disait-il, le visage réjoui. Oui ! oui, mes chers enfants, on vous comprend et l’on vous répond par le même langage. Allons ! les jolies demoiselles, que faut-il leur signaler de votre part ?

— Que, menacées d’un prochain mariage, nous sommes décidées à fuir ce pays et à partir plutôt que de devenir les épouses de Gourlaouen et de Nédélec. Qu’ils viennent nous chercher ! Nous sommes prêtes à embarquer.

— Oh ! ma Doué ! s’exclama Job, je ne saurais pas exprimer toutes ces grandes nouvelles avec mes lanternes. Je n’ai qu’un moyen d’attirer l’attention de mes garçons, c’est de faire le signal du grand secours : « S’il vous arrive