Page:Geniaux - Les Ames en peine.djvu/62

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leur embarquement. Alors le grand Lanvern ceignit sa ceinture de sauvetage tout en vociférant :

— Que je les ramène, et ils me paieront mes soucis. Vous, matelots, attention ! Les femmes et les mousses, « crochez » ferme dans le « cartahu ».

À son ordre la foule se jeta sur l’énorme cordage amarré en proue du canot.

— Halez ! Oh ! hisse ! commanda Gurval debout au caisson arrière.

Les seize rameurs, jambes nues, les ceintures de liège comme des cuirasses autour du corps, suivaient le mouvement de descente, leurs mains aux bordages.

— Tonnerre ! Halez plus ferme ! Oh ! oh ! hisse !

Au moment où l’embarcation entrait dans la mer, les seize rameurs plongés à mi-corps dans les vagues s’enlevèrent à la force des bras et retombèrent tout ruisselants sur les bancs où ils s’amarrèrent à des courroies.

— Armez ! cria Gurval.

Et comme au : en joue, feu ! d’un capitaine de mousqueterie, les seize rames plongeant dans l’eau enlevèrent le canot qu’on vit glisser sous un ciel de goudron.

À l’instant où les sauveteurs traversaient la passe de Ploudaniou, la lumière du phare, à l’entrée du port, fit briller les blancs caissons à air du canot.

Le vieux Plonéour, resté sur la cale, levant l’une de ses cannes, dit alors :

— Voyez donc ! le feu jaune du « Grèbe » s’éteint ! Et voici le vert qui disparaît ! Le rouge n’est plus ! Ah ! Dieu !

À cet avertissement sinistre, une clameur d’épouvante s’éleva dans la foule et les fronts se signèrent. Nonna et Anne tombèrent évanouies.


ÉPILOGUE


Depuis tant d’années écoulées, sans nouvelles de Jean et de Julien Buanic, elles en sont arrivées à ne point encore croire à leur disparition définitive. Quand un voilier passe en vue de Ploudaniou elles se raniment et attendent un miracle. Ont-elles tort ? À notre idée de Bretons, la vie