Page:George Péries- La Faculté de droit dans l'ancienne Université de Paris, (1160-1793), 1890.djvu/294

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vaient pas de raison d'étre plus réservés que les magistrats, au milieu desquels ils aspiraient à s’asseoir et qui auraient dû leur donner le bon exemple.

Les docteurs gémissaient pourtant[1] en considérant l'étendue et la multiplicité des maux qui désolaient la société et leur Faculté en particulier : «Quoquôse vertat misera juventus,» disait M. Martin[2], «nihil circunspicit nisi divitiarum et opum inexpletam sitim, dignitatum ambitionem insanam ; indèque luxum instar voracis ignis ampliores etiam fortunas consumentem, quodque Reipublicœ funestius est, à civitate virtutes expellentemomnes ; illam tandem officiorum oblivionem, quin, etillum suœ cujusque conditionis v’eluti despectum, ut pauci suis muneribus fungi curent, pauciores ipsam sui status decentiam ameùt observare.» De pareilles négligences, des vices de cette sorte montrent une nation bien malade et présagent des bouleversements sociaux aussi inévitables que mérités. En vain les maîtres rappelaient-ils l'observation des règlements et leur nécessité pour avancer dans la science du droit : qu’importaient à ces jeunes gens sans foi et sans mœurs les questions sérieuses de la jurisprudence ?

On faisait briller à leurs yeux le grand mot de Patrie, on leur rappelait leurs devoirs envers le roi et leurs concitoyens, le respect de la religion, l’honneur[3]... tout leur était indifférent.

L’usage était donc admis que des jeunes gens pauvres et sans lettres rédigeassent des cahiers de cours, qu’ils offraient moyennant rétribution à la fin de chaque trimestre aux étudiants fortunés, et ceux-ci les présentaient comme leur travail personneL Inutile de dire que les inexactitudes et les fautes les plus grossières y fourmillaient ; le plus souvent incomplets et illisibles, ils semblaient une amère dérision aux ordonnances les plus sages. Les maîtres rougissaient de voir leur doctrine ainsi défigurée. Ils préféraient pourtant tolérer, car le trop grand nombre d’élèves qui étaient dans le même cas et la haute situation de quelques-uns d’entre eux les forçaient malgré tout à renoncer à une impuissante sévérité pour se reposer dans une indulgence inévitable. Les étudiants se dispensaient donc d’assister à la dictée qui ouvrait la leçon, et par conséquent, ne comprenaient rien aux développements qui

  1. Archives de la Faculté de droit, Reg. 8 : Commentarius, etc., séance du 28 février 1776, décanat de Lalourcey : «... addidit lUa* honoris Dec&ous, optaodam sibi Tîderi, al juvenes artis juridicae studio sedulo magis operam impenderent, nihil non proinde tentaodum, ut tetas illa voluptatibus et desidis spootè dedita, à deliciis ad studiuD, à rooliitie ad laborero, ab ioutilibus ad uLilia revocari queat.»
  2. Discours de 1777, p. 21.
  3. Ibid. Péroraison du discours de M. Martin : «... sed Palriie... sed Régi... ted M Civibu... sed divinoD (ieligioui.... sed vestris nomioibus...»