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ESCAL-VIGOR

En fait d’ennemi déclaré, le comte ne se connaissait que le dominé Balthus Bomberg et quelques pudibondes bigotes. Chaque dimanche, le ministre tonnait contre l’impiété et le dévergondage du Dykgrave et menaçait de l’enfer les ouailles qui s’attachaient à ce libertin, à ce loup ravisseur ; il se lamentait surtout sur les visiteurs téméraires qui hantaient l’Escal-Vigor, ce château diabolique peuplé de scandaleuses nudités…

Quoique brouillé à mort avec le bourgmestre, dans son zèle fanatique, ce petit homme bilieux, rageur, étroitement sectaire, se décida à se rendre aux Pèlerins pour signaler au père le risque qu’il courait en confiant l’éducation du jeune Guidon à ce mauvais riche scandalisant la communauté par son concubinage et son impiété. Comme tous les calvinistes invétérés, Balthus se doublait d’un iconoclaste. S’il n’avait redouté la furie des paysans, assez attachés à cette vieille relique qui leur rappelait l’intransigeance de leurs ancêtres, il eût même fait gratter la fresque du Martyre de saint Olfgar.

Kehlmark lui était doublement odieux, et comme païen, et comme artiste. Pour intimider le bourgmestre, Balthus le somma d’arracher son fils au