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ESCAL-VIGOR

mais il déchaînerait un terrible orage contre Kehlmark, sa concubine et leur mignon. Leur fierté, leur audace le passaient : « Vrai, ils en ont de l’aplomb et un toupet ! Concilier des mœurs pareilles avec de la dignité ! Il ne leur manque plus que de tirer gloire de leur ignominie ! »

Le gaillard ne se savait point si bon devin. Il se croyait le droit de mépriser profondément son ancien maître. Les mille gredineries auxquelles, troupier vendu de corps et d’âme, absolu prostitué, il s’était livré durant son temps de bagne militaire ne représentaient que bagatelles ne tirant pas à conséquence. De tout temps, le vice a condamné l’amour vrai, et les Kehlmark ont été la réhabilitation des Landrillon. La turbe préférera toujours Barrabas à Jésus.

Pour commencer, Landrillon s’appliquerait à détacher Michel Govaertz du châtelain de l’Escal-Vigor, à refroidir le bel enthousiasme du père et de la fille, à chauffer la rancune de la virago contre Blandine, puis à incriminer vaguement les rapports de Guidon et de Kehlmark :

— À votre place, se hasarda-t-il à dire un jour à Michel et à Claudie, je ne laisserais pas le jeune Guidon au château. Le faux ménage du comte et