Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/242

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
234
ESCAL-VIGOR

« Écoutez, monsieur le comte, reprit-elle, prête à se donner à lui s’il l’y eût encouragée par le moindre signe, je vous aime, oui, je vous aime… Je me suis même imaginée longtemps que vous m’aimiez, dit-elle en élevant le ton, exaspérée par cette attitude sereine dans laquelle elle ne devinait pas une douleur tarie, la cicatrice d’une plaie longtemps incurable. Autrefois, vous me témoigniez quelque gentillesse… Je n’eus point l’air de vous déplaire, il y a trois ans, au début de votre installation ici. Pourquoi ce jeu ? Moi, je vous ai cru et j’ai rêvé devenir votre femme ! Forte de cette conviction, j’ai éconduit les plus riches prétendants de la contrée, même des notables de la ville…

Comme il ne soufflait mot, après un silence elle se décida à frapper le coup décisif :

— Écoutez, reprit-elle, on dit, comme cela, que vous n’êtes plus très bien dans vos affaires ; sauf respect, si vous vouliez il y aurait peut-être moyen…

Cette fois il pâlit ; mais d’un ton mesuré, paterne :

— Ma bonne fille, les Kehlmark ne se vendent point… Vous trouverez plus d’un épouseur sortable chez ceux de votre caste. Toutefois, croyez