Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/243

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
235
ESCAL-VIGOR

bien que ce n’est point par orgueil que je refuse votre offre… Moi, je ne puis vous aimer, entendez-vous ? Je ne le puis… Suivez mon conseil… Acceptez un brave garçon pour mari… Il n’en manque point dans cette île si prospère. Je ne suis point le compagnon qui vous conviendrait.

Plus il parlait avec componction, sage et persuasif, plus la passion de Claudie se mettait à bouillir. Elle était tentée de ne voir en lui qu’un mystificateur hautain, qu’un fat orgueilleux qui s’était moqué d’elle.

— Vous disiez à l’instant qu’un Kehlmark n’était pas à vendre ! dit-elle, haletant de dépit. Peut-être n’y ai-je pas mis le prix ! Mamzelle Blandine, à ce que l’on raconte, vous a tout de même fait accepter quelque douceur !

— Ah Claudie ! dit-il, d’un ton navré qui ne la désarma pourtant point. En voilà assez ! Rompons cet entretien, mon enfant. Vous devenez méchante… Mais je ne vous en veux pas !… Adieu !

Son regard froid et fixe, étrangement chaste, où se concentrait on ne sait quelle foi, quelle résolution, la congédia mieux que tout geste.

Elle sortit en battant les portes, outrée.