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ESCAL-VIGOR

sous verre, dans une miniature de reposoir, que les simples appendent avec un instinct étonnant aux endroits les plus romantiques de leurs paroisses. Ce tertre rappelle l’oratoire en plein air sur lequel Jeanne d’Arc écoutait ses « voix ..... »

La petite Blandine présentait dès l’âge le plus tendre un composé étrange d’exaltation et d’intelligence, de sentiment et de raison. Elle avait été élevée dans la religion catholique, mais, dès le catéchisme, elle répugnait à la lettre étroite pour ne s’en tenir qu’à l’esprit qui vivifie tout. À mesure qu’elle avança en âge, elle confondit l’idée de Dieu avec la conscience. C’est assez dire qu’aussi longtemps qu’elle se crut la foi, sa religion n’eut rien de celle des bigotes et des cafards, mais fut une religion généreuse et chevaleresque. Les dispositions poétiques, la fantaisie, se conciliaient chez Blandine avec un large et probe sens de la vie. Vaillante et adroite, si elle possédait l’imagination d’une bonne fée, elle en tenait aussi les doigts industrieux.

Femme, gouvernant l’économie d’un domaine seigneurial, elle se revoit fillette, petite vachère, à l’ombre du hêtre dominant la vaste plaine campinoise. Par la pensée, Blandine écoute râler les rai-