Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
72
ESCAL-VIGOR

que je lui avais accordé…

— Misérable hypocrite ! Tu mens !

La furie appliqua de nouveaux soufflets à la fillette en la sommant chaque fois de parler, puis, comme Blandine continuait à se rebiffer, elle se mit à la battre des poings et des pieds.

Pour se donner du cœur, sous les coups, Blandine, un sourire aux lèvres, se rappelait le grand garçon, au teint de bronze nouveau, aux yeux tristes et implorateurs. Il lui était agréable d’endurer quelque chose pour cet homme traqué et honni.

La marâtre la traînait par terre, exaspérée par cette sérénité.

Alors, indifférente à la douleur, opiniâtrée dans son dévouement, Blandine se mit à chanter l’Ave Maris Stella, un des cantiques du mois de mai. Puis, sous les coups qui continuaient à pleuvoir sur elle, l’enfant se suggéra le bruit sec du van sur le genou d’Ariaan. Défaillante, mais moralement, inébranlable, elle mêlait les deux chants, le cantique religieux et la villanelle du manœuvre ; et, fermant les yeux, elle confondit en un souvenir fanatique les fumées de l’encens et la poussière s’élevant au-dessus du van, les parfums de l’église et la sueur du rustre :