Page:Georges Eekhoud - Escal-Vigor.djvu/85

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
77
ESCAL-VIGOR

avec moins de barbarie. Les frères et sœurs cessèrent de molester Blandine et de la tenir à l’écart comme une bête puante. On accepta ses services et elle obtint la grâce de pouvoir s’évertuer pour le bien de sa famille. À quelque temps de là, sa mère mourut. Blandine, alors âgée de quinze ans, se montra décidément de trempe héroïque, quoique toute simple. Elle prit le gouvernement de la maisonnée, vaqua aux multiples besognes, fit face à toutes les charges, dressa les enfants, n’eut de cesse avant d’avoir placé avantageusement les uns et les autres, ceux-ci en apprentissage, celles-là en condition. La vaillante petite mère œuvra si bien qu’elle se trouva mieux que réhabilitée. Le curé, tout le premier, n’en revenait pas ; à son admiration se mêlait une espèce de stupeur. La vaillance et le caractère de cette mioche le confondaient.