Page:Germain de Montauzan - Les Aqueducs antiques, 1908.djvu/16

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Nerva et Trajan. On intitule ce commentaire « De aquæductibus, ou De aquis Urbis Romæ[1]. C’est un trésor d’informations précises sur le parcours des neuf aqueducs qui, à l’époque des premiers Antonins, alimentaient la capitale, sur leurs dates de construction, leur destination, leur entretien, leur protection, le jaugeage et la distribution de leurs eaux. Certes, Frontin n’a pas eu l’intention de composer un manuel à l’usage des hydrauliciens de son temps. Son livre, très court, est un simple rapport officiel adressé au souverain. Il y envisage le tracé et la construction en administrateur plutôt qu’en ingénieur. Son but est de se montrer au prince comme un haut fonctionnaire que la dignité de son grade n’empêche pas d’être au courant des moindres détails de son service, et résolu à faire respecter, du haut en bas de l’échelle de ses subordonnés, les règlements remis en vigueur. On chercherait en vain chez lui l’exposé d’une théorie générale d’hydraulique, ou quoi que ce soit qui ressemble au rapport d’un directeur de travaux publics sur l’exécution d’une entreprise. Mais il a bien fait ce qu’il voulait faire et ce qu’il annonce ; rien de plus, rien de moins : pas un détail qui ne soit significatif. On voudrait pouvoir en dire autant de Vitruve qui, ayant sans aucun doute exploré les aqueducs de Rome, aurait pu, dans le livre qu’il consacre en entier aux eaux, décrire explicitement leurs particularités techniques, ou, s’il tenait à demeurer dans les généralités, fournir des renseignements à la fois plus précis et plus universels. Or on est, en le lisant, presque à chaque instant forcé d’interpréter ou d’achever sa pensée, d’élargir ou de restreindre la portée des règles qu’il donne, pour qu’elles soient réellement applicables. Quelles que fussent les vastes connaissances de cet architecte-écrivain, il est certain qu’il a plus annoncé qu’il n’a tenu.

Et cependant, pour qui veut juger des moyens que les ingénieurs de ce temps avaient à leur disposition, se passer de lire et de commenter Vitruve serait une pure folie. C’est non seulement pour l’hydraulique mais pour tout ce qui touche à la construction et à la mécanique des chantiers, qu’il faut avoir à la main son traité, si l’on veut bien comprendre sur le terrain les opérations d’une grande entreprise publique telle que l’un de ces longs aqueducs. Aussi souvent que celui de Frontin, le texte de Vitruve interviendra donc dans ces pages. Il éclairera certains faits indécis, et d’autres faits, à leur tour, projetteront quelque lumière sur maints passages de ce texte obscurs ou troubles.

Pline l’Ancien, quoique beaucoup moins digne de confiance, sera

  1. V. notre Index bibliographique, à la suite de cette Introduction.