Page:Germaine de Stael - Lettres et pensées du maréchal prince de Ligne, Paschoud, 1809.djvu/282

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Il n’y a pas une campagne où, si l’on est adroit à trouver le joint entre un succès et un revers, on ne puisse faire une paix avantageuse. C’est ce qu’il faut saisir, car si on a le dessous il faut continuer. Louis XIV n’a pas fait la paix après avoir été à deux doigts de sa perte ; il ne l’a proposée qu’après un retour de la fortune, la victoire de Denain… Quelle paix un ennemi épuisé peut-il espérer ? S’il l’est, son vainqueur même l’est vraisemblablement aussi, et celui qui a le plus d’opiniâtreté gagne toujours. Il trouve des ressources sur lesquelles on ne comptoit pas ; elles étonnent l’ennemi, et il offre ou accepte des conditions raisonnables.

Mais qui doit faire la paix ? Est-ce un ministre qui n’est jamais sorti de la capitale, ou quelque commis qu’on envoie au congrès ? L’un voit trop en grand, et l’autre en petit On ne veut pas créer de nouvelles difficultés ; on dit qu’il ne faut pas se rebrouiller pour des bagatelles, et on cède un bout de province très essentiel, faute de connoître la géographie locale, militaire et politique. C’est au général qui commande l’armée et qui connoît le théâtre de la guerre qu’il vient de faire, à savoir l’importance des limites, des arrondissemeos et du sol que les plus habiles